Regarder son corps, vraiment.
Pas comme un objet, pas pour le juger ou le blâmer, mais pour simplement constater qu’il est là, vivant.
Notre peau porte tout : la fatigue, le désir, les peurs anciennes, les joies muettes.
Elle se froisse et se ride avec le poids du temps, elle marque en ses cicatrices nos douleurs passées, elle saigne de la violence de notre monde. Elle ne ment pas.
Regarder sa carnation de près, c’est accepter la matière.
Les aspérités, les irrégularités, les plis, les tâches, ce qui déborde, ce qui vieillit mais aussi ce qui résiste.
Il y a là quelque chose d’animal, un corps qui respire sans demander la permission.
Et pourtant, dans cette chair brute, il y a une délicatesse insensée, des détails minuscules, presque invisibles où la lumière s’accroche. Une beauté fragile, toujours menacée, mais aussi cette matière animée qui nous accompagne au quotidien et nous permet d’être présent.
Prendre le temps de regarder son corps, c’est se souvenir que l’on est mortel et vivant, en même temps. Intensément.
Ces moments ne sont pas forcément confortables mais ils sont nécessaires.
Ils ramènent à l’essentiel : ce corps est le seul lieu possible de l’expérience, le seul endroit où aimer, où souffrir, où sentir.
En prendre soin est une évidence. Pas une injonction mais une simple question de respect.
Prendre soin de soi, ce n’est pas s’aimer malgré son corps, c’est s’aimer avec lui, en lui. Dans sa fragilité, sa vérité, dans sa peau.
L’accepter tel qu’il est, terriblement beau dans son imperfection.
C’est là que naît la (peau)ésie, pas dans les mots mais dans ce regard posé, doux, attentif, présent : aimant.
