La prétendue responsabilité individuelle

On nous répète que le poids serait une affaire de responsabilité individuelle.

Manger mieux. Bouger plus. Se discipliner.

Ce discours est commode. Il dédouane de sa responsabilité plusieurs décisionnaires qui pourraient agir pour le bien commun, mais qui se cachent derrière leur lâcheté et leur cupidité :

  • Les industriels de l’agro-alimentaires qui s’en contrefichent de la santé de leurs clients. Ils cherchent toujours et encore à vendre plus … quitte à empoisonner la population tout entière.
  • Les politiciens au pouvoir qui ne font rien qui pourrait nuire à cette industrie. Peu de campagnes de sensibilisation, peu d’éducation aux dangers de la malbouffe et pas de normes contraignantes pour ces industriels pour nous protéger.

Nous donnons l’illusion que le monde tourne bien, qu’il est parfaitement ordonné, et que chacun récolterait exactement ce qu’il sème.

C’est profondément hypocrite.

Nous sommes tous différents

 

Aucun corps n’existe hors contexte.

Les métabolismes ne sont pas identiques.

Les histoires de vie non plus.

Maladies, traitements médicaux, troubles hormonaux, dépressions, fatigue chronique — autant de réalités invisibles qui façonnent un corps bien plus sûrement que la seule volonté. À cela s’ajoutent l’éducation, les modèles familiaux, les injonctions précoces, les humiliations répétées, les traumatismes parfois enfouis comme le harcèlement voire les violences sexuelles.

Un corps ne grossit jamais « par paresse ».

Il s’adapte. Il encaisse. Il protège. Il raconte.

 

Ce que la photographie m’a appris du corps

 

Quand je photographie un corps, je ne cherche pas à le corriger.

Je cherche à l’écouter.

La photographie, telle que je la pratique, n’est pas un outil de conformité. C’est un espace de suspension et de liberté. Un endroit où le corps cesse — enfin — d’être un problème à résoudre.

Face à l’objectif, le corps n’est plus une somme de défauts.

Il devient une surface sensible, un volume vivant, un paysage intime. Une histoire personnelle à raconter.

Et c’est précisément pour cela que le discours dominant sur la responsabilité individuelle me heurte : il nie cette riche complexité de notre humanité.

Le regard social comme violence

 

Ce que décrit avec une lucidité douloureuse Anne Zamberlan dans « Je suis grosse, et alors ? »,  je l’ai vu, entendu, si souvent !

Les regards qui s’attardent.

La remarque déguisée en conseil.

Le silence gêné.

Le corps gros n’est pas seulement un corps observé :

il est un corps jugé.

Et cette violence finit par s’imprimer à l’intérieur. On apprend à se cacher. À se faire petit. À ne plus désirer. À ne plus être vu. A en admettre la faute ! C’est terrible !

Photographier comme acte de réparation

 

Photographier de manière « primitive », c’est refuser cette violence.

C’est dire :

tu n’as rien à prouver.

tu n’as rien à réparer.

tu n’as pas à t’excuser d’exister.

Dans mon travail, je ne cherche pas à embellir,

Je cherche à réconcilier.

Réconcilier un être avec sa présence.

Réconcilier le regard avec ce qu’il fuit.

Réconcilier le désir avec ce que la norme a interdit.

Changer de focale

La vraie responsabilité n’est pas individuelle.

Elle est collective.

Elle commence par un changement de regard.

Par l’abandon de la honte comme outil de contrôle.

Par l’acceptation radicale de la diversité des corps.

Un corps n’est jamais une faute.

Un corps est une histoire.

Et souvent, le simple fait de le regarder autrement suffit déjà à commencer à  réparer sa relation à lui.

 

Contact

contact
GDPR Consent

Privacy Preference Center