En tant qu’homme, aujourd’hui, je voudrais commencer par ce mot simple : pardon !
Pardon à vous, les femmes.
Pardon pour ce que nous, les hommes avons fait, et continuons de faire.
Pardon pour les violences physiques et morales, les regards déplacés, les mains qui s’autorisent l’interdit, les paroles qui humilient, les corps que l’on contraint, les désirs que l’on impose … Pardon pour cette histoire interminable de domination.
Je suis conscient que ce pardon ne répare rien. Je sais qu’il ne suffit pas de s’excuser pour que les blessures disparaissent. Je sais aussi qu’il serait obscène de demander aux femmes de recevoir ce pardon comme une consolation, comme si les mots pouvaient effacer tant de traumatismes.
Mais il me semble nécessaire de le formuler parce qu’il ouvre la conscience et qu’il m’y engage personnellement.
Parce que les silences masculins sont une complicité. Parce qu’il est temps que les hommes cessent de détourner le regard sur les attitudes de la masculinité nocive.
Nous devons arrêter de nier le fait que la violence est massivement masculine. Cela ne veut pas dire que chaque homme est violent, mais cela veut dire que la violence, dans ses formes les plus fréquentes, les plus brutales, les plus meurtrières, porte très souvent un visage d’homme. Les violences conjugales, les agressions sexuelles, les féminicides, les humiliations ordinaires, les stratégies d’intimidation, les colères qui envahissent tout l’espace : tout cela concerne le masculin.
Et il ne s’agit plus de dire : « Ce ne sont pas tous les hommes ». Le débat n’est plus là, car cette phrase est souvent une manière de se protéger soi-même plutôt qu’une manière de protéger les femmes. Elle déplace le sujet. Elle ramène la conversation vers l’ego masculin, alors que nous méritons, tous, d’être montrés du doigt.
La question n’est pas de savoir si je suis, moi, personnellement, un monstre. La question est de savoir ce que je fais, en tant qu’homme, face à un monde dans lequel tant de femmes ont peur des hommes.
Je crois que beaucoup d’hommes sont profondément blessés. Je crois que beaucoup portent en eux des peurs anciennes, des humiliations, des carences affectives, des hontes, des fragilités qu’ils n’ont jamais apprises à nommer. On leur a souvent enseigné à se couper d’eux-mêmes. À ne pas pleurer. À ne pas demander de l’aide. À dominer plutôt qu’à ressentir. À conquérir plutôt qu’à unir.
Certes, mais une blessure n’excusera jamais la violence.
Nos blessures ne nous donnent aucun droit sur le corps, l’esprit, la liberté ou la paix des femmes.
Un homme qui souffre n’a pas le droit de transformer une femme en lieu de décharge. Il doit apprendre à se regarder sans complaisance, à faire face à ses zones sombres. En clair, il doit se soigner.
Je suis admiratif et en même temps tellement triste de voir à quel point les femmes travaillent à réparer le monde, ce monde que nous avons détruit, nous, les hommes.
Elles réparent les enfants, les familles, les liens, les mémoires, les corps abîmés. Elles apprennent à se reconstruire. Elles accompagnent, elles soignent, elles créent des espaces de parole, de douceur, de conscience, tout cela de notre faute.
Quel temps et quelle énergie gaspillés alors que nous pourrions, ensemble, construire un monde si beau et si juste !
Car pendant ce temps, trop d’hommes continuent de faire comme si le monde leur était dû, comme si leur désir était prioritaire, comme si leur colère était légitime, comme si leur pouvoir était naturel, comme si leur place au centre de tout était une évidence.
Aujourd’hui, le travail qui nous concerne tous est de changer radicalement et d’agir pour faire changer.
Changer notre place dans la société.
Changer notre rapport au pouvoir.
Changer notre rapport à la vulnérabilité.
Changer notre rapport au silence.
Je crois qu’il est temps que les hommes apprennent l’introspection comme une discipline fondamentale. Que nous prenions le temps, l’énergie, les moyens de rentrer, nous aussi, en thérapie. Nous en avons tellement, collectivement, besoin.
Il s’agit de croire qu’un autre masculin est possible : un masculin capable de douceur, de responsabilité, de retenue, d’écoute, de réparation. Un masculin qui ne demande pas aux femmes de porter sa guérison. Un masculin qui ne transforme pas sa peur en domination. Un masculin qui sait que la tendresse n’est pas une faiblesse, que la vulnérabilité n’est pas une humiliation, que l’égalité n’est pas une perte.
Un masculin qui ne cherche plus à posséder le monde, mais à y prendre place avec justesse, à la partager.
C’est évidemment possible, le travail à mener est d’ampleur, mais il doit être entrepris, car nous ne pouvons pas continuer ainsi plus longtemps. Faisons-le !
Alors oui, pardon.
Mais que ce pardon engage une rupture … et un renouveau …
